Le jardin méditerranéen, sans arrosage
Un jardin méditerranéen réussi n'est pas un jardin qu'on arrose peu : c'est un jardin qu'on n'arrose plus du tout au bout de deux ou trois étés. Ce qui suppose de le concevoir pour ça.
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Le principe : deux étés, puis on coupe
Les plantes méditerranéennes ne sont pas résistantes à la sécheresse par magie : elles le sont une fois enracinées en profondeur. C'est tout l'enjeu des deux premières années — un arrosage espacé mais copieux, qui pousse les racines vers le bas, puis une coupure définitive.
À l'inverse, un arrosage fréquent et léger fabrique un système racinaire de surface. La plante devient dépendante, et le premier été sans eau la tue. C'est l'erreur la plus fréquente, et elle vient d'une bonne intention.
Ce qui tient vraiment, à Marseille
Olivier, chêne vert, arbousier, micocoulier, pin parasol, amandier. Une fois installés, ils passent l'été sans une goutte. L'arbousier a l'avantage de fleurir et de fructifier en même temps, en automne.
Romarin, ciste, laurier-tin, myrte, pistachier lentisque, germandrée, filaire. La base d'une garrigue de jardin. Ils se taillent légèrement après floraison, jamais dans le vieux bois.
Lavande, santoline, sauge, euphorbe, gaura, achillée, thym. Ce sont eux qui donnent la floraison de printemps et le volume bas. Beaucoup se ressèment seuls.
Stipa, fétuque bleue, pennisetum. Elles apportent le mouvement — ce que le mistral fait d'un jardin de graminées est la moitié de l'intérêt — et ne demandent qu'une coupe annuelle.
Le mistral, la contrainte qu'on oublie
On conçoit un jardin sec contre la sécheresse et on oublie le vent. C'est pourtant lui qui casse les jeunes sujets, dessèche les feuillages tendres et couche les plantations mal tuteurées. Deux réponses simples : tuteurer bas et souple — un tuteur haut et rigide empêche le tronc de se muscler — et prévoir un brise-vent végétal au nord-ouest, avec des essences qui l'encaissent : filaire, tamaris, pistachier lentisque, arbousier.
Le sol, avant les plantes
La plupart de ces végétaux craignent bien davantage l'eau stagnante d'hiver que la sécheresse d'été. Un romarin meurt rarement de soif ; il pourrit du collet dans une terre lourde et gorgée.
Trois gestes qui décident du résultat : drainer — une terre argileuse s'allège avec du gravier ou une plantation sur butte —, ne pas amender richement — un sol trop fertile donne une végétation molle et sensible —, et planter petit, un jeune sujet s'enracinant beaucoup mieux qu'un gros qui restera longtemps dépendant de sa motte.
Le paillage : le seul arrosage qui ne consomme rien
Un paillage de 5 à 8 centimètres divise l'évaporation, limite la levée des herbes et protège le sol de la surchauffe. C'est, à budget égal, le geste le plus rentable d'un jardin sec.
Deux familles conviennent. Le paillage minéral — gravier, pouzzolane, galets — dure indéfiniment et convient parfaitement aux plantes de garrigue, qui poussent naturellement dans la caillasse. Le broyat de branches, souvent issu de votre propre taille, nourrit le sol en se décomposant mais se renouvelle tous les deux à trois ans.
Ce qui ne convient pas : la bâche plastique sous graviers. Elle empêche l'eau de pluie de pénétrer correctement, se dégrade, et rend tout réaménagement pénible.
Le mur de pierre sèche n'est pas décoratif : il retient la terre sur les terrains en pente, casse le ruissellement et crée des plateaux plantables. Il draine par construction, sans mortier, ce qui convient exactement aux plantes qui craignent l'eau stagnante.
À savoir avant de chiffrer : c'est un ouvrage technique qui demande un vrai savoir-faire, et au-delà d'une certaine hauteur un mur de soutènement peut relever d'une déclaration en mairie. Cela se vérifie avant les travaux.
L'arrosage temporaire, et sa date de fin
Un goutte-à-goutte posé pour l'installation est utile — à condition d'être conçu pour être coupé. Deux précautions à demander dès la conception : des circuits séparés entre ce qui restera arrosé (potager, quelques pots) et ce qui doit devenir autonome, et une date de coupure écrite au dossier, généralement au bout de deux ou trois étés.
Gardez aussi en tête les arrêtés préfectoraux de restriction : dans les Bouches-du-Rhône, ils limitent régulièrement l'arrosage en été selon le niveau d'alerte, et ils s'imposent aux programmateurs comme aux arrosoirs. Un jardin conçu pour s'en passer n'est pas seulement économe : il est tranquille.
Le calendrier d'un jardin sec
L'entretien réel, une fois installé
Trois à quatre passages par an suffisent : une taille légère des arbustes après floraison, une coupe des graminées en fin d'hiver, un désherbage de printemps et un rechargement du paillage tous les deux ou trois ans. À comparer aux dix à quinze tontes qu'exige une pelouse — et à l'eau qu'elle consomme.
Pour concevoir ou refaire un jardin sur ces principes, voir création de jardin ; pour l'entretien courant, entretien de jardin.